Ton article, Coincoin tr?s document? et int?ressant nous a donn? envie de poursuivre la r?flexion, en ?vitant si possible les r?p?titions avec ton texte ?rudit.
Nous allons donc nous permettre de d?velopper sous deux autres angles qui nous paraissent compl?mentaires :
1- Libertins et soci?t?
2- Les relations de dominance dans les soci?t?s.
1 ? Libertins et soci?t? :
Il est vrai qu?historiquement les libertins peuvent ?tre class?s au moins sous deux angles : les libertaires (contestation totale de la soci?t?) et les libertins qui repr?sentent une certaine prise de distance avec les m?urs v?hicul?es essentiellement par les religions, les sectes, notamment (pas exclusivement) dans le domaine du comportement sexuel.
Dans ce second sens l?id?e de briser un tabou n?est-elle pas un ?l?ment important ? Pas si s?r?pourtant : Le libertinage est souvent une marque d?acceptation tacite du fonctionnement de la soci?t?, qu?elle soit de type traditionnelle ou moderne, en cr?ant un espace de libert? permettant d?exprimer certaines inhibitions inh?rentes ? toute civilisation. N'?est-ce pas un peu le m?me r?le que la soupape d?une cocotte minute ? D?ailleurs les personnages les plus ?minents, int?gr?s au plus haut niveau de la soci?t? dans laquelle ils vivaient, ont pratiqu? le libertinage : rois, empereurs, pr?sidents de la r?publique, intellectuels, artistes, philosophes, scientifiques, etc.
Pourtant ce ne furent pas les seuls : en France, y compris dans la paysannerie jusqu?au milieu du XIX?me si?cle, changer de partenaire ou en avoir plusieurs ? la fois, ?tait fr?quent. Beaucoup d??tables, de meules de foin, mais aussi d?arri?re boutiques des villes pourraient en t?moigner.
La haute bourgeoisie du XIX?me si?cle, propri?taire terrienne et industrielle, avait des enfants non reconnus aussi nombreux que ceux des monarques dans les si?cles pr?c?dents?.comme ? l??poque de Kaamelott et des orgies romaines.
? partir du moment o? il a fallu d?placer les populations paysannes ?parpill?es pour les faire entrer dans la fabrique, et surtout l?usine, le mariage monogame et d?finitif devenait une r?gle incontournable ? faire respecter, pour ceux qui devenaient des ouvriers : une vie r?guli?re ?tait indispensable pour que le matin :
- d?un c?t? l?homme soit ? l?heure, repos? et sobre pour l?embauche,
- et de l?autre que sa femme l?gitime au foyer d?une part assure le repos du travailleur apr?s sa dure journ?e de labeur, d?autre part soit disponible pour la reproduction saine de la main d??uvre des g?n?rations suivantes.
Parce qu?il fallait fixer et non flexibiliser, le patronat paternaliste construisit des villages industriels ? loyers mod?r?s, avec cr?ches, lieux de culte et de divertissements ? sains ? (terrains de sports). Il finan?a des retraites afin que les enfants du travailleur puissent prendre la rel?ve de son p?re, chez un patron qui prenait soin de ses parents.
Le libertinage ouvrier devint beaucoup plus difficile ? pratiquer dans l?enceinte close de l?usine/village, m?me s?il exista probablement toujours.
Dans nos soci?t?s dites modernes, sous-entendues libres, nos comportements sont tr?s surveill?s, parfois plus que dans bien des soci?t?s de type traditionnelles. Ce sont essentiellement les formes du contr?le qui varient, pas le concept du contr?le.
La question que nous nous posons est la suivante : pourquoi ce besoin de transgresser des soci?t?s par ailleurs accept?es et dans lesquelles la plupart des populations agit consciemment ou inconsciemment, pour leur p?rennisation ?
2- Les relations de dominance dans les soci?t?s.
Nous faisons partie de ceux qui croient que nous sommes essentiellement les autres. Expliquons notre point de vue : Un enfant qui va vivre les premi?res ann?es de sa vie hors de tout autre contact avec d?autres ?tres humains, ne saura ni marcher, ni parler? Il restera animal et ne deviendra pas un Homme au sens g?n?rique. Nous sommes tous d?origine animale : nous avons un syst?me nerveux, contrairement aux plantes?
Or un syst?me nerveux ne sert pas ? penser, mais ? se d?placer dans un espace? pour agir.
Alors, excusez-nous par avance (ou zappez

), nous allons faire un d?tour par le fonctionnement sommaire du cerveau afin de mettre en ?vidence quelques liens dans notre construction sociale et mentale.
a) Notre cerveau peut se d?composer en trois parties :
1 -Le cerveau dit ? reptilien ? qui sert ? pr?server nos pulsions vitales : consommer : boire, manger, copuler.
2- La seconde partie du cerveau enregistre : c?est la m?moire : elle va se construire ? travers ce que l'exp?rimentation va nous apporter d?s notre plus jeune ?ge : plaisir ou souffrance.
Ces savoirs sont construits ? partir de notre rencontre avec notre environnement au sens large : social, ?conomique, culturel, bref avec les autres. Notre comportement en sera impr?gn? tout au long de notre vie. Il nous enseignera une hi?rarchie des valeurs ? retenir.
3- Puis, une troisi?me partie du cerveau (le cortex c?r?bral) articule ? travers un discours dit logique, l?imbrication des deux parties pr?c?dentes : celui de notre conscience, c?est ? dire le langage qui est un m?dia : la partie immerg?e de l?iceberg.
b) Comportements et inhibition :
D?une autre fa?on, nous pourrions ?crire de fa?on sch?matis?e que les deux premi?res parties de nos cerveaux repr?sentent l?inconscient et la troisi?me, le conscient.
Toutes nos pulsions d?actions animales primaires, s?int?riorisent dans notre inconscient, car la probl?matique dans une soci?t? est : ?comment pr?server la survie du groupe ? ?
En effet, l??tre humain ne peut plus maintenant et depuis d?j? longtemps assurer ? lui seul sa survie. Il a besoin des autres pour vivre. Il ne sait pas tout faire et il n?est pas polytechnicien.
Comment cela s?articule-t-il par exemple, dans une relation D/s ludique dans laquelle il nous arrive, ma louve et moi, de nous aventurer ? Plus on est attentif ? l?autre, moins on a de chance d??tre manipul?. Pour prendre quelque ascendant, il vaut mieux bien conna?tre l?autre, qu?une quelconque d?finition de la domination.
Platon, a montr? la d?pendance de l?esclave ? son ma?tre, mais aussi de l?inverse, ce qui complique quelque peu les donn?es.

?tonnant, non ?
Mais ce besoin de dominance s?applique-t-il de nos jours, hors du microcosme sm ? C?est, de notre point de vue, la base de toute soci?t? organis?e. D?ailleurs la plan?te que l?on nous pr?sente depuis des si?cles ? ? l?endroit ?, est toujours celle que l?on nous pr?sente : On enseigne au petit de l?Homme, ? ne pas faire caca dans sa culotte, ? faire pipi dans le pot et puis tr?s rapidement on lui enseigne comment il doit se comporter pour que la coh?sion du groupe puisse exister. On lui apprend :
- ce qui est beau,
- ce qui est laid,
- ce qui est bien,
- ce qui est mal,
- on lui dit ce qu?il doit faire...
On le punit ou on le r?compense... QUELLE QUE SOIT SA PROPRE RECHERCHE DU PLAISIR, uniquement en fonction du jugement port? sur son action qui sera conforme ou non ? la survie du groupe.
La relation de dominance existe l? de fa?on permanente, mais elle est camoufl?e, int?gr?e, assimil?e, inconsciente. Il ne s?agit pas de mesurer o? se situe notre plaisir, notre souffrance ou, ? comment souhaitons-nous agir ? ?, il va s?agir de se comporter en fonction de crit?res bien diff?rents et qui vont entrer souvent en contradiction avec les pr?c?dents : RECOMPENSE et PUNITION.
Exemple soci?tal concret : Un salari? licenci? de son entreprise, alors que celle-ci r?alise d??norme b?n?fices, aura une pulsion (plaisir/souffrance) d?aller casser la figure au PDG?ou aux actionnaires principaux.
Pourtant il va se contenir en fonction d?autres valeurs impr?gn?es (r?compense/punition), et cela peut aboutir ? un mal ?tre.
Dans nos soci?t?s, ces pulsions plaisir/souffrance sont refoul?es depuis notre enfance et remplac?es par les valeurs r?compense/punition. Dans le cas o? nous c?derions ? notre pulsion primaire dans l?exemple donn? ci-dessus, ce sont les repr?sentants de la force publique qui interviendraient pour les stopper.
Nous souhaitons signifier que notre pulsion d?action refoul?e, si elle ne se transforme pas en agressivit? m?me inefficace, va se transformer en une attitude de fuite, si celle-ci est possible. Mais parfois elle est impossible : reste l?inhibition et sa cons?quence : le mal ?tre.
Ce qu?il faut bien retenir et comprendre ? notre sens, c?est que la notion de Bien est de Mal dans une soci?t?, sera jug?e ? travers le prisme : r?compense/punition, et non en fonction des notions de : plaisir/souffrance.
c) Frustrations :
Une mine de frustrations concourt donc ? des somatisations, des d?pressions, des angoisses, des cancers, des maladies psychosomatiques, etc. Les lecteurs curieux peuvent aller consulter ? ce propos les travaux du professeur Henri LABORIT (Chirurgien - biologiste comportemental. 1914 ? 1995) ou voir ceux mis en sc?ne par le cin?aste Alain RESNAIS de ? Mon oncle d?Am?rique ? ? ? On conna?t la chanson ??
Pour conclure ce trop long chapitre, ajoutons : si conna?tre les lois de la gravitation, ne permet pas de s?en affranchir... il a ?t? n?cessaire de les conna?tre pour aller sur la lune.
De m?me, avoir quelques notions sur le fonctionnement de notre cerveau, permet, non pas de modifier son fonctionnement, mais dans certaines situations de rester plus lucide, pour que les relations entretenues entre les uns et les autres soient?pacifi?es.
Ne suffit-il pas encore aujourd?hui de regarder l??tat de la plan?te et des multiples conflits en cours ou potentiels? pour s?en convaincre ? La violence existe depuis des mill?naires et n?a rien de moderne.
La particularit? pour nous, d?une relation libertine dans l?acception D/s du terme, clairement pos?e et librement accept?e par des partenaires adultes, est justement sa capacit? ? mieux se lib?rer pour lire et agir sur les dichotomies
- plaisir/souffrance
- punition/r?compense.
Celles?ci sont masqu?es et entrem?l?es dans les soci?t?s par d?autres codes, d?autres valeurs g?n?rant des frustrations, des inhibitions.
M?me si nous comprenons que cette approche soit per?u par d?autres libertins comme malsainne ou incompr?hensible, il s?agit d?une des facettes du libertinage existant depuis des si?cles, notamment d?crit sous une forme litt?raire en France par le marquis de Sade, au XVIII?me si?cle.